Elle est celle dont chacun, un matin, se souvient
Elle est celle qui fait naître en nous le désir
Elle est celle près de qui l’on se sent bien
Elle est celle qui, dans tous les domaines, nous inspire
Elle est multiple et pourtant unique, elle est la perfection
L’atteindre, la toucher, comme le but ultime, telle est la tentation.
Erato, Reine de l’élégie, tu as brisé le cœur des poètes
De rimes dithyrambiques en poèmes mélancoliques
Tu as vidé leurs larmes, leurs âmes et leurs têtes,
Fini les sonnets homériques et les rêves chimériques
Dans le sang des anciens, de ton souvenir il ne reste rien
Qu’une rose fanée sans plus d’éclat dont le parfum s’est éteint.
Calliope, sans conteste maîtresse de l’éloquence,
Mère de Linos et d’Orphée qui finit en enfer,
Je veux moi aussi, en pays étranger, avancer avec prudence
Au dernier moment ne pas se retourner et regarder derrière
Je ne veux plus de souffrance et sauver ma bien-aimée
Pour cela, je forcerai, s’il le faut, ma destinée.
Clio, gardienne du temps et de l’histoire
Nous livre le passé pour mieux comprendre le présent
Nous évite de retomber dans les pièges et nous laisse l’espoir
De laisser une planète sans guerres à nos enfants.
Il faudrait pour cela vaincre la barbarie de l’être humain
Afin qu’un jour nous n’ayons plus peur du lendemain.
Uranie, déesse de la nuit, muse de l’astronomie,
Vers tout ce qui brille dans les cieux, tu guides notre esprit.
Allongé dans l’herbe, dans la pénombre, je contemple
Etoiles, constellations, comètes et planètes.
Nos âmes s’élèvent, immensité, infini, rêves de conquêtes.
L’univers est ton royaume, la lune, ton temple.
Euterpe, ton nom veut dire gaieté, tu es musique
Combien de compositeurs t’ont dédié leurs allégories symphoniques
Des nuits blanches passées, au chevet des portées, au bord du désespoir
A rechercher la parfaite harmonie de notes blanches et noires.
Destins tragiques, maladies, deuils, mort, solitude, ont été source d’inspiration
De symphonies féeriques, pathétiques, inachevées, de cette magie des sons.
Melpomène et Thalie, comment a-t-on pu vous dissocier ?
Siamoise et jumelle nées sous le signe de la gémellité.
Tragédie et comédie, de la vie, toutes deux, composantes.
Tel Janus, gardien des portes, homme aux deux visages,
Vous n’êtes qu’une et unique avec deux images.
On oublie vite celle qui nous ravit, marqués par celle qui nous hante,
Car du rire aux larmes, il n’y a qu’un pas
Et un mince souffle de vie à trépas.
L’une nous marque au fer rouge dans nos chairs et nos corps,
L’autre panse nos plaies et met du baume au cœur une fois encore.
Le rire est une seconde nature, avec lui j’endure
Les coups durs qui, jamais, n’auront raison de mon cœur pur.
Terpsichore, feu follet de la danse,
Légère, aérienne, sur la piste tu es en transe
Ballets divins, entrechats nous procurent un bonheur immense
Quand de ton corps exhale un bonheur intense.
Virevoltante comme une plume qui s’envole,
Comme un esprit tu t’élèves au-dessus du sol,
Mais celle qui, dans mon cœur, danse la farandole
N’a pas appris le bonheur sur les bancs de ton école.
Polymnie, littéralement plusieurs harmonies,
Muse de la poésie lyrique, diva de l’opéra,
Chant, musique, rimes, comédie, tragédie,
Pour nous inspirer, plusieurs cordes à ton arc tu as.
Mais jamais, Ma colorature, tu n’égaliseras,
Celle qui me chante de merveilleux arias,
Ce magnifique air des clochettes
Qui vous prend le cœur et résonne dans la tête.
Muses de jadis, aujourd’hui bien désuètes,
Plus aucun poète pour vous taquiner.
Vous êtes tombées dans les oubliettes
De châteaux vides que vous hantez désormais.
Personne ne viendra plus vous libérer,
Pas de prince charmant tuant le dragon,
Plus d’aèdes ni compositeurs pour vous célébrer,
Non plus de troubadours pour de belles chansons.
Muses d’antan, il est temps à présent
De vous incliner, de vous prosterner,
Car voici venu le jour de l’avènement
De celle qui vous surpasse, la nouvelle majesté.
Des arts anciens ont disparu, de nouveaux sont apparus.
Quel est ton nom ? Nouvelle reine, notre inspiratrice,
Car tous les poètes et artistes n’ont plus qu’un seul but,
T’honorer, te sculpter, te dessiner, et céder à tous tes caprices.
Tout en toi n’est que beauté, tu nous enivres,
Comment, sans toi, un seul instant a-t-on pu vivre ?
Tel Faust, n’importe qui se serait damné,
Se faire tout petit et d’amour se consumer.
J’ai vu bien des peintres mettre leur empreinte
Sur leur toile, en essayant d’y coucher ton corps nu.
Malgré le mélange des couleurs, jamais ils n’ont trouvé la teinte
De ta peau satinée et les odeurs de ton fruit défendu.
Comme une étoile que l’on croit approcher sans jamais la toucher,
Les courbes épurées de ton corps ils ont cru pouvoir dessiner,
Mais les formes et les lignes sans cesse s’entremêlent
Et ils froissent du papier sans jamais transcrire ta beauté sensuelle.
La rondeur de tes fesses, de tes hanches, le galbe de tes reins
Ont eu raison de leur passion, ils en ont perdu leur latin.
Les sculpteurs se sont acharnés sur le marbre et la pierre,
Mais leurs efforts vains sont réduits en poussière.
Le Penseur de Rodin se demande encore comment
Pourrait-il immortaliser l’objet de tous ces tourments.
Les beautés grecques aux formes callipyges font pâle figure
A côté de ta beauté légère, aérienne, aux lignes si pures.
Toi ma muse, tu n’es pas figée, tu es vivante,
Et nos esprits, à jamais, tu hantes, bien présente.
Le sculpteur peut, devant ses yeux, mettre ses mains
Et pleurer, contre ta magnificence il ne peut rien.
Bien des chanteurs et des compositeurs ont essayé
De te glorifier par quelques notes de musique,
Mais la symphonie reste à ce jour inachevée,
On ne peut écrire la symphonie onirique.
Muse spirituelle, tu es dans nos rêves imaginaires
Et pour te retranscrire dans la réalité, on ne sait comment faire.
Cécile, tu es ma muse divine et sublime,
Mon amour pour toi je veux crier
Des plus hautes cimes jusqu’au fond des abîmes
Ton nom partout va résonner.
Tous pourront t’approcher, te célébrer
Mais personne ne commettra le crime ultime
De vouloir te toucher et te posséder.
Je ne souhaite pas que l’on te salisse ou t’abîme.
Etre l’élu pour rester à tes côtés, te protéger,
Même s’il n’y a qu’une chance infime,
Je vais la saisir et t’aimer.